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Le fil pour s’y retrouver dans les arts divinatoires

Que signifie le Diable au tarot de Marseille ?

Une cordelette rouge posée sur une carte de tarot retournée, à la lueur d'une bougie
  • Le Diable est l’arcane XV du tarot de Marseille. Il n’annonce aucun malheur : la tradition l’associe au désir, à l’attachement et aux forces instinctives.
  • On le lit souvent comme un lien qui retient, qu’il s’agisse d’une passion, d’une habitude ou d’une dépendance à l’argent.
  • Plusieurs auteurs lui reconnaissent aussi une face vive : énergie, magnétisme, créativité.

Tirer le Diable fait rarement plaisir. Le nom seul évoque l’enfer, et l’image n’arrange rien, avec ses ailes de chauve-souris et ses deux petits personnages tenus en laisse. Pourtant, cette lame est l’une des plus riches du jeu. Elle parle moins du mal que de ce qui nous attire et nous attache.

Le Diable au tarot de Marseille : que montre la carte ?

Fiche de la lame

Numéro XV, arcane majeur, entre Tempérance (XIIII) et la Maison-Dieu (XVI).

Symboles une figure ailée et cornue sur un socle, une torche, deux petits diables reliés par le cou à un anneau.

Mots clés désir, attachement, emprise, instinct, argent, énergie.

À l’endroit une attirance puissante, une situation dont on a du mal à se détacher, une force vitale à canaliser.

À l’envers pour les lecteurs qui l’emploient, un lien qui se desserre, ou au contraire une faiblesse face à la tentation.

Sur le tarot de Nicolas Conver, la figure centrale a des ailes de chauve-souris, une coiffe garnie de ramures et un visage qui tire la langue. Elle porte à la fois des seins et un sexe masculin. Sa main droite est levée, paume ouverte, et la gauche tient une torche dont la flamme est tournée vers le haut. Ses pieds griffus reposent sur un socle.

Au pied du socle, un anneau retient deux cordes. Chacune entoure le cou d’un petit personnage cornu, avec des oreilles pointues et une queue, les mains derrière le dos. Beaucoup de lecteurs font remarquer que ces liens semblent lâches, comme s’il suffisait de les retirer.

Le dessin varie d’un graveur à l’autre. Sur le tarot de Jean Dodal, gravé à Lyon au début du XVIIIe siècle, le Diable porte un second visage sur le ventre et des yeux sur les genoux. Ces détails ont disparu de l’exemplaire Conver conservé à la BnF.

Quelle signification donne-t-on au Diable ?

Dans la lecture la plus courante, le Diable représente ce qui nous lie sans que nous l’ayons vraiment choisi. Une passion, une dépendance, un rapport de pouvoir, une relation à l’argent qui prend trop de place. L’image des deux petits personnages attachés résume cette idée d’emprise.

Les auteurs ne s’arrêtent pas là. Arthur Edward Waite, dans son livre de 1910, lui donne des sens comme la violence, la véhémence, les efforts extraordinaires, la force et la fatalité. Il précise que ce qui est prédestiné n’est pas mauvais pour autant. Pour la carte inversée, il parle de faiblesse, de petitesse et d’aveuglement.

Le livret du tarot reconstitué par Alejandro Jodorowsky et Philippe Camoin, qui rassemble les propositions de nombreux chercheurs, insiste sur un autre versant. On y lit la nature animale, les forces sexuelles, l’inconscient, le magnétisme et l’imagination artistique. Dans cette approche, le Diable garde une part de lumière : c’est une énergie brute, à reconnaître plutôt qu’à fuir.

La carte du Diable en amour : attirance ou emprise ?

En amour, le Diable est d’abord la carte du désir. Les lecteurs y voient une attirance physique forte, une relation passionnée, parfois exclusive. Tout dépend de la question et des cartes voisines : la même lame peut décrire une complicité intense ou un lien où l’un des deux se sent prisonnier.

La tradition invite donc à se demander ce qui vous retient. Est-ce le plaisir d’être ensemble, ou la peur de partir ? Une jalousie, une dépendance affective, une habitude ? Le Diable ne répond pas à votre place, mais il pose la question sans détour.

Le Diable au tarot : quelles combinaisons courantes ?

Le Diable renforce ou assombrit la carte qui l’accompagne, selon qu’elle parle d’énergie ou de liberté. Les paires suivantes sont des lectures répandues, proposées comme des pistes de réflexion.

CombinaisonPiste de lecture
Diable et AmoureuxUne attirance qui pèse sur un choix, un désir difficile à raisonner.
Diable et TempéranceUn excès à modérer, la recherche d’un juste milieu.
Diable et Maison-DieuUn lien trop serré qui finit par céder, une libération brusque.
Diable et LuneDes peurs ou des fantasmes qui entretiennent un attachement.
Diable et BateleurUn talent de persuasion, à utiliser avec loyauté.
Diable et SoleilUne énergie vitale assumée, un désir vécu sans honte.
Diable et ForceUne pulsion maîtrisée, une énergie qu’on apprend à diriger.
Diable et MondeUne réussite matérielle, avec la question de ce qu’elle coûte.

Avec l’Amoureux, la paire devient une réflexion sur la liberté de choisir. Avec la Lune, la tradition parle d’un attachement que l’imagination grossit.

Le Diable ne signale ni envoûtement, ni malédiction, ni personne qui vous voudrait du mal. Le tarot n’a aucun moyen de détecter une influence extérieure. Si une relation vous fait souffrir ou vous isole, parlez-en à une personne de confiance ou à un professionnel de l’écoute.

D’où vient le Diable du tarot de Waite ?

Le Diable du jeu dessiné par Pamela Colman Smith pour Waite est bien plus sombre que celui de Marseille. Waite le décrit comme le bouc de Mendès, debout sur un autel, avec des chaînes passées au cou d’un homme et d’une femme qu’il compare à Adam et Ève après la chute. Son texte discute aussi la figure du Baphomet chère à Éliphas Lévi.

Le Diable porte le numéro XV, juste après Tempérance. Beaucoup d’enseignants invitent à lire les deux lames ensemble : l’une mélange et équilibre, l’autre attache et enflamme. C’est une façon simple de mémoriser leur sens.

Questions fréquentes

Le Diable est-il la pire carte du tarot ?

Non. Aucune carte n’est la pire, et le Diable a des lectures très positives chez certains auteurs, liées à l’énergie et à la créativité. Sa réputation tient surtout à son nom.

Que veut dire le Diable pour une question d’argent ?

On l’associe souvent au goût du gain, à l’ambition matérielle, parfois à une relation compliquée avec l’argent. Il n’annonce ni gain ni perte : il invite à regarder la place que l’argent prend dans la situation.

Pourquoi les petits diables sont-ils attachés ?

La plupart des lecteurs y voient l’image de la dépendance. Le fait que les cordes paraissent lâches nourrit une idée répandue : le lien tient autant par consentement que par contrainte. Cette nuance change beaucoup la manière de lire un tirage de tarot de Marseille où le Diable apparaît.

  • Tarot dit « tarot Conver », BnF, Estampes et photographie (Gallica)https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b10537352g
  • Tarot de Marseille de Jean Dodal, Lyon, BnF (Gallica)https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b10537343h
  • Arthur Edward Waite, The Pictorial Key to the Tarot, 1910 (Wikisource)https://en.wikisource.org/wiki/The_Pictorial_Key_to_the_Tarot
  • « L’Art du Tarot », livret du tarot Camoin et Jodorowskyhttps://fr.camoin.com/tarot/Art-du-Tarot-Jodorowsky.html
Maëlle Ferrand

Ancienne libraire à Lyon, Maëlle Ferrand a tenu pendant quinze ans le rayon ésotérisme et spiritualités. Elle anime des ateliers de lecture du tarot de Marseille et ne vend pas de consultations : elle explique les pratiques pour que chacun puisse s’y intéresser en connaissance de cause.